Le Prix Femina, un prix engagé

Par Philippe Grassion le 11 septembre 2019

Prix Femina

À l’heure où l’importance des égalités hommes-femmes est toujours plus d’actualité, il est bon de rappeler l’existence du Prix Femina. Comme son nom le suggère, il s’agit en effet d’un des prix littéraires les plus féministes du monde. Explications.

L’histoire du Prix Femina

Au tout début du XXe siècle, le Prix Goncourt attirait parfois déjà les critiques. Plusieurs intellectuelles lui reprochaient une certaine misogynie. Il était important alors de proposer une alternative au Prix Goncourt, qui n’avantage pas les hommes au détriment des femmes. C’est ainsi qu’est né le Prix Fémina, en 1904. Il s’appelait à l’époque prix Vie Heureuse.

La première présidente du jury fut Anna de Noailles, romancière et poétesse française d’origine roumaine. Autour d’elle, uniquement des femmes composaient et composent encore aujourd’hui le jury. C’est effectivement la particularité du Prix Femina : seules des personnes de sexe féminin le décernent. En revanche, des auteurs hommes comme des auteurs femmes peuvent recevoir le Prix.

Le Prix changea de nom à la fin de la guerre de 1914-1918. Il prit le nom du magazine Femina, qui existait déjà à l’époque. Le jury fut également limité à 12 membres à la même période, alors qu’elles étaient 20 initialement.

Durant la seconde guerre mondiale, le Prix Femina est volontairement interrompu. Cette suspension était un signe de révolte et d’opposition face au conflit armé et à l’occupation de la France par les troupes allemandes.

Le fonctionnement du Prix Femina

Les conditions pour être éligible au Prix sont les suivantes.

  • L’ouvrage nommé doit être en langue française, même si son auteur n’a pas la nationalité française.
  • L’œuvre doit être écrite en prose ou en poésie.

Le Prix Femina est aussi décerné dans la volonté d’encourager une carrière et récompenser une œuvre originale, témoignant de réelles qualités de pensées et de force et qui soit en même temps une promesse d’avenir. », selon les statuts du Prix.

Chaque année, quelques semaines avant l’attribution du prix, une liste de lauréats pré-sélectionnés est diffusée dans la presse. Puis le jury vote pour un des livres de cette sélection.

Par rapport aux autres prix littéraires, on peut remarquer que la parité entre hommes et femmes est mieux respectée dans l’attribution du Prix depuis sa création.

Il existe 3 variantes du Prix Femina :

  • – Le Femina étranger ;
  • – Le Femina essai ;
  • – Le Femina des lycéens et lycéennes.

Le Prix Femina est attribué chaque année à l’automne, entre la fin du mois d’octobre et le début du mois de novembre. Le ou la gagnante ne reçoit pas une somme d’argent en guise de récompense. En revanche, les ventes de l’ouvrage primé s’élèvent en général à 40.000 à 100.000 exemplaires vendus l’année qui suit l’obtention du prix.

Les membres du jury

Les membres actuelles du jury sont :

  • – Camille Laurens : écrivaine, prix Femina et prix Renaudot des lycéens en 2000 pour Dans ces bras-là
  • – Claire Gallois : écrivaine et critique littéraire
  • – Paula Jacques : écrivaine, productrice et animatrice de radio, prix Femina en 1991 pour Déborah et les Anges dissipés
  • – Christine Jordis : journaliste, écrivaine et critique littéraire
  • – Mona Ozouf : historienne et philosophe
  • – Danièle Sallenave : écrivaine, membre de l’Académie Française, lauréate du Prix Renaudot en 1980 pour Les Portes de Gubbio
  • – Chantal Thomas : romancière, essayiste et scénariste
  • – Anne-Marie Garat : romancière, lauréate du Prix Femina et du Renaudot des lycéens en 1992
  • – Josyane Savigneau : journaliste, écrivaine et biographe
  • – Evelyne Bloch-Dano : écrivaine et critique littéraire

Comme on peut le constater, le jury est toujours exclusivement féminin, même plus de 100 ans après la création du prix.

Les lauréats du Prix Femina depuis 1904

  • 2019 : Sylvain Prudhomme pour Par les routes, éd. Gallimard
  • 2018 : Philippe Lançon pour Le Lambeau, éd. Gallimard
  • 2017 : Philippe Jaenada pour La Serpe, éd. Julliard
  • 2016 : Marcus Malte pour Le Garçon, éd. Zulma
  • 2015 : Christophe Boltanski pour La Cache, éd. Stock
  • 2014 : Yanick Lahens pour Bain de lune, éd. Sabine Wespieser
  • 2013 : Léonora Miano pour La Saison de l’ombre, éd. Grasset
  • 2012 : Patrick Deville pour Peste et Choléra, éd. du Seuil
  • 2011 : Simon Liberati pour Jayne Mansfield 1967, éd. Grasset
  • 2010 : Patrick Lapeyre pour La vie est brève et le désir sans fin, éd. P.O.L.
  • 2009 : Gwenaëlle Aubry pour Personne, éd. Mercure de France
  • 2008 : Jean-Louis Fournier pour Où on va, papa ?, éd. Stock
  • 2007 : Éric Fottorino pour Baisers de cinéma, éd. Gallimard
  • 2006 : Nancy Huston pour Lignes de faille, éd. Actes Sud
  • 2005 : Régis Jauffret pour Asiles de fous, éd. Gallimard
  • 2004 : Jean-Paul Dubois pour Une vie française, éd. L’Olivier
  • 2003 : Dai Sijie pour Le Complexe de Di, éd. Gallimard
  • 2002 : Chantal Thomas pour Les Adieux à la reine, éd. du Seuil
  • 2001 : Marie NDiaye pour Rosie Carpe, éd. de Minuit
  • 2000 : Camille Laurens pour Dans ces bras-là, éd. P.O.L.
  • 1999 : Maryline Desbiolles pour Anchise, éd. du Seuil
  • 1998 : François Cheng pour Le Dit de Tianyi, éd. Albin Michel
  • 1997 : Dominique Noguez pour Amour noir, éd. Gallimard
  • 1996 : Geneviève Brisac pour Week-end de chasse à la mère, éd. L’Olivier
  • 1995 : Emmanuel Carrère pour La Classe de neige, éd. P.O.L.
  • 1994 : Olivier Rolin pour Port-Soudan, éd. du Seuil
  • 1993 : Marc Lambron pour L’Œil du silence, éd. Flammarion
  • 1992 : Anne-Marie Garat pour Aden, éd. du Seuil
  • 1991 : Paula Jacques pour Déborah et les Anges dissipés, éd. Mercure de France
  • 1990 : Pierrette Fleutiaux pour Nous sommes éternels, éd. Gallimard
  • 1989 : Sylvie Germain pour Jours de colère, éd. Gallimard
  • 1988 : Alexandre Jardin pour Le Zèbre, éd. Gallimard
  • 1987 : Alain Absire pour L’Égal de Dieu, éd. Calmann-Lévy
  • 1986 : René Belletto pour L’Enfer, éd. P.O.L.
  • 1985 : Hector Bianciotti pour Sans la miséricorde du Christ, éd. Gallimard
  • 1984 : Bertrand Visage pour Tous les soleils, éd. du Seuil
  • 1983 : Florence Delay pour Riche et Légère, éd. Gallimard
  • 1982 : Anne Hébert pour Les Fous de Bassan, éd. du Seuil
  • 1981 : Catherine Hermary-Vieille pour Le Grand Vizir de la nuit, éd. Gallimard
  • 1980 : Jocelyne François pour Joue-nous « España », éd. Mercure de France
  • 1979 : Pierre Moinot pour Le Guetteur d’ombre, éd. Gallimard
  • 1978 : François Sonkin pour Un amour de père, éd. Gallimard
  • 1977 : Régis Debray pour La neige brûle, éd. Grasset
  • 1976 : Marie-Louise Haumont pour Le Trajet, éd. Gallimard
  • 1975 : Claude Faraggi pour Le Maître d’heure, éd. Mercure de France
  • 1974 : René-Victor Pilhes pour L’Imprécateur, éd. du Seuil
  • 1973 : Michel Dard pour Juan Maldonne, éd. du Seuil
  • 1972 : Roger Grenier pour Ciné-roman, éd. Gallimard
  • 1971 : Angelo Rinaldi pour La Maison des Atlantes, éd. Denoël
  • 1970 : François Nourissier pour La Crève, éd. Grasset
  • 1969 : Jorge Semprún pour La Deuxième Mort de Ramón Mercader, éd. Gallimard
  • 1968 : Marguerite Yourcenar pour L’Œuvre au noir, éd. Gallimard
  • 1967 : Claire Etcherelli pour Élise ou la Vraie Vie, éd. Denoël
  • 1966 : Irène Monesi pour Nature morte devant la fenêtre, éd. Mercure de France
  • 1965 : Robert Pinget pour Quelqu’un, éd. de Minuit
  • 1964 : Jean Blanzat pour Le Faussaire, éd. Gallimard
  • 1963 : Roger Vrigny pour La Nuit de Mougins, éd. Gallimard
  • 1962 : Yves Berger pour Le Sud, éd. Grasset
  • 1961 : Henri Thomas pour Le Promontoire, éd. Gallimard
  • 1960 : Louise Bellocq pour La Porte retombée, éd. Gallimard
  • 1959 : Bernard Privat pour Au pied du mur, éd. Gallimard
  • 1958 : Françoise Mallet-Joris pour L’Empire céleste, éd. Julliard
  • 1957 : Christian Mégret pour Le Carrefour des solitudes, éd. Julliard
  • 1956 : François-Régis Bastide pour Les Adieux, éd. Gallimard
  • 1955 : André Dhôtel pour Le Pays où l’on n’arrive jamais, éd. Horay
  • 1954 : Gabriel Veraldi pour La Machine humaine, éd. Gallimard
  • 1953 : Zoé Oldenbourg pour La Pierre angulaire, éd. Gallimard
  • 1952 : Dominique Rolin pour Le Souffle, éd. du Seuil
  • 1951 : Anne de Tourville pour Jabadao, éd. Delamain et Boutelleau
  • 1950 : Serge Groussard pour La Femme sans passé, éd. Gallimard
  • 1949 : Maria Le Hardouin pour La Dame de cœur, éd. Corrêa
  • 1948 : Emmanuel Roblès pour Les Hauteurs de la ville, éd. Charlot
  • 1947 : Gabrielle Roy pour Bonheur d’occasion, éd. Flammarion
  • 1946 : Michel Robida pour Le Temps de la longue patience, éd. Julliard
  • 1945 : Anne-Marie Monnet pour Le Chemin du soleil, éd. Myrte
  • 1944 : Les Editions de Minuit pour leur action pendant la 2ème guerre mondiale
  • 1943 : Non décerné
  • 1942 : Non décerné
  • 1941 : Non décerné
  • 1940 : Non décerné
  • 1939 : Paul Vialar pour La Rose de la mer, éd. Denoël
  • 1938 : Félix de Chazournes pour Caroline ou le Départ pour les îles, éd. Gallimard
  • 1937 : Raymonde Vincent pour Campagne, éd. Stock
  • 1936 : Louise Hervieupour Sangs, éd. Denoël
  • 1935 : Claude Silvepour Bénédiction, éd. Grasset
  • 1934 : Robert Francis pour Le Bateau-refuge, éd. Alexis Redier
  • 1933 : Geneviève Fauconnier pour Claude, éd. Stock
  • 1932 : Ramon Fernandez pour Le Pari, éd. Gallimard
  • 1931 : Antoine de Saint-Exupéry pour Vol de nuit, éd. Gallimard
  • 1930 : Marc Chadourne pour Cécile de la Folie, éd. Plon
  • 1929 : Georges Bernanos pour La Joie, éd. Plon
  • 1928 : Dominique Dunois pour Georgette Garou, éd. Calmann-Lévy
  • 1927 : Marie Le Franc pour Grand-Louis l’innocent, éd. Rieder
  • 1926 : Charles Silvestre pour Prodige du cœur, éd. Plon
  • 1925 : Joseph Delteil pour Jeanne d’Arc, éd. Grasset
  • 1924 : Charles Derennes pour Le Bestiaire sentimental, éd. Albin Michel
  • 1923 : Jeanne Galzy pour Les Allongés, éd. Ferenczi
  • 1922 : Jacques de Lacretelle pour Silbermann, éd. Gallimard
  • 1921 : Raymond Escholier pour Cantegril, éd. Ferenczi
  • 1920 : Edmond Gojon pour Le Jardin des dieux, éd. Fasquelle
  • 1919 : Roland Dorgelès pour Les Croix de bois, éd. Albin Michel
  • 1918 : Henri Bachelin pour Le Serviteur, éd. Flammarion
  • 1917 : Maurice Larrouy pour L’Odyssée d’un transport torpillé, éd. Payot
  • 1916 : Non décerné
  • 1915 : Non décerné
  • 1914 : Non décerné
  • 1913 : Camille Marbo pour La Statue voilée, éd. Flammarion
  • 1912 : Jacques Morel pour Feuilles mortes, éd. Hachette
  • 1911 : Louis de Robert pour Le Roman du malade, éd. Flammarion
  • 1910 : Marguerite Audoux pour Marie-Claire, éd. Fasquelle
  • 1909 : Edmond Jaloux pour Le reste est silence, éd. Stock
  • 1908 : Édouard Estaunié pour La Vie secrète, éd. Perrin
  • 1907 : Colette Yver pour Princesses de science, éd. Calmann-Lévy
  • 1906 : André Corthis pour Gemmes et Moires, éd. Fasquelle
  • 1905 : Romain Rolland pour Jean-Christophe, Cahiers de la Quinzaine
  • 1904 : Myriam Harry pour La Conquête de Jérusalem, éd. Calmann-Lévy

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