Prix Femina 2026 : Yannick Haenel couronné pour « La solitude des professeurs est infinie »

Le prix Femina 2026 a été remis le 4 novembre à Yannick Haenel pour La solitude des professeurs est infinie, paru chez Gallimard en août. Le roman suit l’année de stage d’un jeune professeur de français dans un collège de banlieue parisienne. Voici comment s’est passée la remise du prix, ce que raconte le livre et qui est son auteur.

Couverture du roman La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel, éditions Gallimard, prix Femina 2026

Le prix Femina 2026 attribué à Yannick Haenel

Mercredi 4 novembre 2026, le jury du Femina, composé de douze femmes, a choisi La solitude des professeurs est infinie. La proclamation avait lieu pour la première fois dans le jardin d’hiver de la Maison Dior, au 30 avenue Montaigne à Paris, nouvelle adresse qui succède au musée Carnavalet. Deux autres romans ont recueilli des voix : N’efface pas mes cercles d’Emma Marsantes (Verdier) et Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? de Lucie Rico (P.O.L).

La veille, Yannick Haenel faisait partie des quatre finalistes du Goncourt, finalement attribué à Philippe Jaenada pour L’inconnue du quai de Javel. Il n’aura donc attendu qu’une journée avant de voir son roman distingué.

Présent à la cérémonie, l’écrivain a dédié son livre « aux professeurs, aux lycéens et aux collégiens », en plein mouvement de protestation des élèves. Il a expliqué que le besoin d’écrire sur la solitude des enseignants lui était venu après les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

De quoi parle La solitude des professeurs est infinie ?

Jean Deichel a vingt-deux ans quand il commence son année de stage comme professeur de français, presque sans formation, dans un collège difficile de Mantes-la-Jolie. Le soir, il regagne une chambre aménagée au fond d’un Tennis-Club, où il lit, rêve et corrige ses copies. Le jour, il découvre à la fois la dureté du métier et ses joies, la violence de l’école et ce qu’elle a de beau.

Jean est aussi un poète. Il cherche la « vraie vie » au milieu du quotidien le plus gris : dans un jardin, au bord d’un lac, lors d’une échappée à Pompéi ou à Tarquinia. Il raconte cette année trente ans après l’avoir vécue. Les lecteurs fidèles de Yannick Haenel le connaissent déjà, puisque Jean Deichel est son double romanesque depuis plusieurs livres.

Un roman né après l’assassinat de Samuel Paty

En octobre 2020, Yannick Haenel suit pour Charlie Hebdo le procès des attentats de janvier 2015. C’est pendant ces semaines d’audience que le professeur Samuel Paty est assassiné. L’écrivain décide alors d’écrire non pas sur lui, mais pour les professeurs, un texte publié dans Charlie Hebdo sous le titre « La solitude des professeurs ».

Le roman prolonge ce texte de 2021. Il se présente aussi comme un hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard. Haenel sait de quoi il parle : il a lui-même enseigné le français pendant plus de quinze ans, à partir du début des années 1990.

Qui est Yannick Haenel ? Biographie

Yannick Haenel est né en 1967 à Rennes. Fils de militaire, il passe une partie de sa jeunesse en Afrique, puis entre au Prytanée national militaire de La Flèche. Agrégé de lettres modernes, il enseigne le français dans des établissements de banlieue à partir du début des années 1990, puis au lycée La Bruyère de Versailles jusqu’en 2005.

En 1997, il cofonde à Paris la revue littéraire Ligne de risque. Il est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome en 2008 et 2009. Il tient une chronique dans le magazine Transfuge depuis 2010 et écrit pour Charlie Hebdo depuis la reprise de sa publication. En 2024, il fonde la revue Aventures, ainsi qu’une collection du même nom chez Gallimard.

Ses premiers romans s’intitulent Introduction à la mort française et Évoluer parmi les avalanches. Il publie l’essentiel de son œuvre chez Gallimard. Plusieurs de ses livres ont été récompensés :

AnnéeLivreDistinction
2026La solitude des professeurs est infiniePrix Femina, finaliste du Goncourt
2017Tiens ferme ta couronnePrix Médicis, finaliste du Goncourt
2009Jan KarskiPrix Interallié
2007CerclePrix Décembre

Il a aussi reçu le premier prix de la Sérénissime, à Venise, pour son récit Je cherche l’Italie. Parmi ses autres titres figurent Les Renards pâles, Le Trésorier-payeur (2022) et un essai sur les tapisseries de la Dame à la licorne, À mon seul désir (Argol, 2005).

La solitude est un fil qui traverse ses livres récents : La solitude Caravage (Fayard, 2019), puis l’essai Notre solitude (Les Échappés, 2021), et aujourd’hui ce roman sur les professeurs.