• Pauline Peyrade, lauréate du Prix du Livre Inter 2026

    Le prix du Livre Inter 2026 a été décerné à Pauline Peyrade pour Les Habitantes (éd. de Minuit).

    Pauline Peyrade - Les Habitantes (Editions de Minuit)

    Résumé

    L’histoire se déroule entre la fin du printemps et celle de l’été, dans un hameau et ses alentours, au cœur de collines couvertes de forêts, de champs et de routes. Emily vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison héritée de sa grand-mère. C’est là qu’elle a grandi, quand son père est parti fonder une nouvelle famille. Elle y mène une existence en marge, rythmée par les promenades rituelles, les baignades à l’étang, le travail chez Aude dans la ferme voisine. Un jour, des lettres arrivent, lui signifiant la mise en vente imminente de la maison.

    Biographie

    Née en 1986, Pauline Peyrade est une écrivaine et dramaturge française. Après des classes préparatoires au lycée Henri-IV, elle se forme à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres et à l’ENSATT à Lyon, où elle codirige aujourd’hui le département Écriture dramatique.

    Elle commence sa carrière au théâtre. Ses pièces, parmi lesquelles Poings et À la carabine (Grand Prix de littérature dramatique 2021), sont saluées pour leur exploration percutante des traumatismes et des mécanismes de la violence.

    Elle se tourne ensuite avec succès vers le roman aux Éditions de Minuit. En 2023, son premier ouvrage, L’Âge de détruire, centré sur une relation mère-fille abusive, obtient le Prix Goncourt du premier roman. En 2026, son second roman, Les Habitantes, remporte le prestigieux Prix du Livre Inter, consolidant une trajectoire littéraire déjà incontournable.

    Le 1 juin 2026
  • Edgar Morin (1921-2026) : Le siècle d’un homme « Reliant »

    Le monde intellectuel pleure l’une de ses figures les plus lumineuses et insaisissables. Le sociologue et philosophe français Edgar Morin s’est éteint le vendredi 29 mai 2026 à Paris, à l’âge exceptionnel de 104 ans. C’est son épouse, la sociologue Sabah Abouessalam Morin, qui a annoncé sa disparition. Celui qui se qualifiait lui-même avec malice de « braconnier du savoir » laisse derrière lui une œuvre colossale, une quarantaine d’ouvrages traduits dans le monde entier, et une grille de lecture indispensable pour décoder notre monde contemporain. Théoricien de la « pensée complexe », il aura traversé un siècle d’histoire sans jamais céder aux sirènes des dogmatismes.

    Edgar Morin à Porto Alègre (2011) - Crédit : Fronteiras do Pensamento
    Edgar Morin à Porto Alègre (2011) – Crédit : Fronteiras do Pensamento

    De l’ombre de la guerre à la Résistance

    Né David Salomon Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris, au sein d’une famille de Juifs séfarades originaires de Salonique (Grèce), le jeune Edgar est marqué par le deuil précoce de sa mère, Louna, alors qu’il n’a pas dix ans. Cette épreuve installe en lui une sensibilité aiguë à la fragilité humaine et à l’incertitude. C’est la Seconde Guerre mondiale qui forge véritablement son destin public. Dès 1941, face à l’occupation nazie, il rejoint le Parti communiste français (PCF) et s’engage activement dans la Résistance.

    C’est à cette époque qu’il adopte le pseudonyme qui deviendra son identité de vie : Morin. Lors d’une réunion clandestine à Toulouse, il tente de se présenter sous le nom de Magnin, en hommage à un personnage du roman L’Espoir d’André Malraux. Mal entendu par ses camarades de l’ombre, le patronyme se transforme en Morin. Le nom reste, symbole d’une réinvention par le combat. À la Libération, en tant que lieutenant des Forces françaises combattantes, il observe l’Allemagne défaite et publie L’An zéro de l’Allemagne (1946), posant un regard sociologique précurseur sur la détresse psychologique d’un peuple vaincu.

    L’émancipation et l’exigence de l’autocritique

    L’après-guerre est pour Morin une période d’intense activité intellectuelle, mais aussi de désillusion politique. Rapidement, la rigidité dogmatique du stalinisme se heurte à son besoin viscéral de liberté critique. En 1951, son indiscipline intellectuelle lui vaut d’être exclu du PCF. Loin de s’enfermer dans l’amertume ou le reniement aveugle, Morin transforme cette rupture en un matériau d’analyse d’une rare honnêteté. En 1959, il publie Autocritique, un ouvrage majeur où il décortique les mécanismes de l’aveuglement idéologique et de l’auto-déception.

    « Plus nous connaissons l’humain, moins nous le comprenons. Les dissociations entre disciplines le fragmentent, le vident de vie, de chair, de complexité et certaines sciences réputées humaines vidangent même la notion d’homme. » — Edgar Morin, La Méthode


    Devenu chercheur au CNRS, il refuse d’être cantonné à une seule case académique. Il s’intéresse à tout avec une curiosité boulimique : le cinéma avec Jean Rouch (co-réalisateur du chef-d’œuvre anthropologique Chronique d’un été en 1961), la culture de masse, les transformations de la jeunesse, ou encore les secousses de Mai 68, qu’il analyse à chaud dans les colonnes du journal Le Monde.

    Le père de la « pensée complexe »

    Le grand œuvre de sa trajectoire s’amorce véritablement dans les années 1970. Frappé par les limites d’une science moderne trop cloisonnée, Morin se lance dans la rédaction de son maître-livre : La Méthode. Cette immense entreprise encyclopédique se déploiera sur six volumes publiés entre 1977 et 2004.

    Son objectif est de fonder le paradigme de la pensée complexe (du latin complexus, ce qui est tissé ensemble). Pour Morin, la tendance occidentale à fragmenter les savoirs (séparer la biologie de la sociologie, la physique de la philosophie) nous rend aveugles aux réalités globales. Face à un monde interdépendant, il propose de relier les connaissances plutôt que de les isoler. Il ne s’agit pas de rendre les choses inutilement compliquées, mais de refuser les simplifications réductrices qui mutilent la compréhension du réel. La pensée complexe devient une invitation permanente à embrasser l’incertitude, à tolérer la contradiction et à croiser les disciplines.

    Un humaniste planétaire face au XXIe siècle

    Au-delà de ses apports théoriques, Edgar Morin était un homme de terrain et d’engagements. Sensible à la dégradation de la biosphère, il fut l’un des pionniers de la pensée écologique en France, rappelant inlassablement que l’Homme est indissociable de sa « Terre-Patrie ». Il a arpenté le globe, devenant une icône intellectuelle majeure, notamment en Amérique latine, et cumulant pas moins de 38 doctorats honoris causa.

    Jusqu’à ses derniers instants, son esprit est demeuré d’une vivacité stupéfiante. Face à la résurgence des nationalismes, aux dérives technologiques et au défi climatique, il n’a cessé de prôner la « reliance », l’acte de recréer du lien social, humain et intellectuel.

    ➡️ Citations d’Edgar Morin

    Le 31 mai 2026
  • Emmanuel Carrère, lauréat du prix Médicis 2025

    Le prix Médicis 2025 a été décerné à Emmanuel Carrère pour Kolkhoze (éd. P.O.L.).

    Kolkhoze, Emmanuel Carrère (P.O.L.)

    Résumé

    Cette nuit-là, rassemblés tous les trois autour de notre mère, nous avons pour la dernière fois fait kolkhoze.

    Biographie

    Emmanuel Carrère, né le 9 décembre 1957, est un écrivain, scénariste et réalisateur français. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, il débute sa carrière comme critique de cinéma avant de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, L’Amie du jaguar (1983), marque le début d’une œuvre mêlant fiction et réalité. Il se fait connaître avec La Moustache (1986) et La Classe de neige (1995), couronné du prix Femina. Carrère s’impose ensuite avec ses récits documentaires, tels que L’Adversaire (2000), inspiré d’un fait divers tragique, D’autres vies que la mienne (2009) et Limonov (2011), récompensé par le prix Renaudot. Son écriture, souvent introspective, explore la frontière entre littérature, journalisme et autobiographie.

    Le 7 novembre 2025
  • Laurent Mauvignier, lauréat du Prix Goncourt 2025

    Succédant à Kamel Daoud qui a reçu le prix en 2024 pour Houris, l’Académie Goncourt a récompensé l’écrivain Laurent Mauvignier pour son roman La Maison Vide (éd. de Minuit).

    Laurent Mauvignier - La Maison Vide (Les Editions de Minuit)

    Résumé

    En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans.
    À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux.
    Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d’elles.
    Toutes et tous ont marqué la maison et ont été progressivement effacés. J’ai tenté de les ramener à la lumière pour comprendre ce qui a pu être leur histoire, et son ombre portée sur la nôtre.

    Biographie

    Laurent Mauvignier, né en 1967 à Tours, est un romancier français reconnu pour son écriture introspective et sensible. Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Tours, il se tourne rapidement vers la littérature et publie son premier roman, Loin d’eux, en 1999 aux Éditions de Minuit, qui l’imposent comme une voix singulière du paysage littéraire français. Son œuvre explore la solitude, la mémoire, la honte et la difficulté à dire, à travers des récits marqués par une tension psychologique et une langue fluide et fragmentée.

    Parmi ses ouvrages majeurs figurent Apprendre à finir (2000), prix du Livre Inter, Des hommes (2009), Autour du monde (2014) et Histoires de la nuit (2020), salué par la critique. Plusieurs de ses textes ont été adaptés au théâtre et au cinéma. En savoir plus sur le site officiel de l’auteur.

    Le 6 novembre 2025
  • Le prix Renaudot 2025 attribué à Adélaïde de Clermont-Tonnerre

    Pour son édition 2025, le jury du prix Renaudot a récompensé l’autrice Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour son roman Je voulais vivre (éd. Grasset). L’écrivaine succède à Gaël Faye, distingué en 2024 pour Jacaranda (éd. Grasset).

    Résumé

    Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady. Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires. Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.

    Biographie

    Adélaïde de Clermont-Tonnerre est une journaliste et romancière française née en 1976 à Neuilly-sur-Seine. Ancienne élève de l’École normale supérieure, elle débute sa carrière dans la presse, notamment au sein du magazine Point de Vue, dont elle devient directrice de la rédaction.

    Elle se fait connaître du grand public avec son premier roman, Fourrure (2010), finaliste du prix Goncourt du premier roman. Son second ouvrage, Le dernier des nôtres (2016), rencontre un large succès critique et public, remportant le Grand Prix du roman de l’Académie française. En 2021, elle publie Les jours heureux, confirmant son talent pour les fresques romanesques mêlant destin individuel et Histoire. Parallèlement à sa carrière littéraire, elle poursuit ses activités journalistiques et participe régulièrement à des émissions culturelles.

    Le 5 novembre 2025
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