C’est officiel depuis ce mardi 3 novembre : le prix Goncourt 2026 revient à Philippe Jaenada pour L’inconnue du quai de Javel, paru en août chez Flammarion. Une belle récompense pour un écrivain que ses lecteurs suivent depuis bientôt trente ans, de ses premiers romans pleins d’autodérision à ses grandes enquêtes sur des faits divers oubliés.
Six voix chez Drouant
Comme le veut la tradition, les dix jurés de l’Académie Goncourt se sont retrouvés au restaurant Drouant, à Paris, pour désigner leur lauréat. Philippe Jaenada l’a emporté par six voix contre trois face à Sylvain Prudhomme et son roman De l’autre côté du lac (Minuit).
Les deux autres finalistes étaient Yannick Haenel, pour La solitude des professeurs est infinie (Gallimard), et Clémentine Mélois, pour Choses que je croyais perdues (L’Arbalète/Gallimard). Le même jour, le prix Renaudot a récompensé François-Henri Désérable pour Le Palais.
Le roman n’avait d’ailleurs pas attendu le Goncourt pour trouver ses lecteurs. Moins de trois semaines après sa sortie, il s’en était vendu environ 17 000 exemplaires, soit plus de la moitié du premier tirage de 35 000, le meilleur démarrage de la carrière de l’auteur.

L’inconnue du quai de Javel : le résumé
Paris, 6 septembre 1949. Au petit matin, on découvre le corps d’une jeune femme au bord de la Seine, quai de Javel. Elle a été étranglée, elle n’a plus ni chaussures ni sac, et tout laisse penser qu’on l’a rhabillée à la hâte avant de l’abandonner là.
Elle s’appelle Louise Cansot. Partie de Tréguier, petite ville des Côtes-d’Armor, elle a refusé la vie de bonne à laquelle elle semblait promise pour devenir l’un des modèles les plus recherchés des peintres de Montparnasse. Les suspects ne manquent pas, mais l’enquête piétine et le dossier est classé au bout de six mois.
Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada rouvre l’affaire. Il retrouve le dossier, fouille les archives, arpente le quai de Javel comme les rues de Tréguier. Pour se donner une méthode, il relit toutes les enquêtes du commissaire Maigret, le héros de Georges Simenon, dont il fait un compagnon de route tout au long du livre.
On retrouve dans ces 528 pages tout ce qui fait le charme de Jaenada : une enquête minutieuse, des parenthèses qui s’emboitent les unes dans les autres, beaucoup d’humour sur lui-même, et surtout une vraie tendresse pour cette jeune femme que l’histoire avait oubliée. Si vous avez aimé La Serpe ou La Petite Femelle, vous êtes en terrain connu ; si vous découvrez l’auteur, c’est une très bonne porte d’entrée.
Philippe Jaenada, biographie d’un enquêteur des faits divers
Philippe Jaenada est né en 1964 à Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines. Avant de publier, il a gagné sa vie avec toutes sortes de petits travaux d’écriture : messages pour le Minitel rose, potins pour Voici, articles pour L’Autre Journal, traductions de romans de gare.
Son premier roman, Le Chameau sauvage (Julliard, 1997), reçoit le prix de Flore et le prix Alexandre-Vialatte. Il sera adapté au cinéma par Luc Pagès sous le titre A+ Pollux en 2002. Suivent plusieurs romans largement inspirés de sa propre vie, comme Le Cosmonaute ou Plage de Manaccora, 16 h 30, où s’installe une voix très reconnaissable : autodérision, digressions et parenthèses à tiroirs.
Avec Sulak (2013), consacré au braqueur Bruno Sulak, Jaenada change de cap et se met à enquêter sur des affaires réelles, toujours à partir des archives et des lieux. La Petite Femelle (2015) revient sur Pauline Dubuisson, lourdement condamnée en 1953. La Serpe (2017), sur le triple meurtre du château d’Escoire et Henri Girard, futur Georges Arnaud, lui vaut le prix Femina.
Au printemps des monstres (2021) se penche sur l’enlèvement et le meurtre du petit Luc Taron en 1964 ; le livre figurait dans la sélection du Goncourt cette année-là. En 2026, après plusieurs livres chez Mialet-Barrault, il rejoint Flammarion avec L’inconnue du quai de Javel, qui lui apporte cette fois le Goncourt.
| Année | Titre | Éditeur | Distinction |
|---|---|---|---|
| 2026 | L’inconnue du quai de Javel | Flammarion | Prix Goncourt |
| 2024 | La Désinvolture est une bien belle chose | Mialet-Barrault | |
| 2021 | Au printemps des monstres | Mialet-Barrault | Sélection Goncourt |
| 2017 | La Serpe | Julliard | Prix Femina |
| 2015 | La Petite Femelle | Julliard | |
| 2013 | Sulak | Julliard | Grand prix des lycéennes de Elle (2014) |
| 1997 | Le Chameau sauvage | Julliard | Prix de Flore, prix Alexandre-Vialatte |
Avec ce Goncourt, c’est toute une façon d’écrire qui est saluée : patiente, drôle, attentive aux vies que l’histoire a laissées de côté. Que vous connaissiez déjà Philippe Jaenada ou que vous le découvriez, L’inconnue du quai de Javel est un bon compagnon pour les soirées d’automne.
Et si l’envie vous prend de retrouver le commissaire Maigret, faites un tour du côté de nos citations de Georges Simenon (lien interne à compléter). Vous avez lu le roman ?Avec ce Goncourt, c’est toute une façon d’écrire qui est saluée : patiente, drôle, attentive aux vies que l’histoire a laissées de côté. Que vous connaissiez déjà Philippe Jaenada ou que vous le découvriez, L’inconnue du quai de Javel est un bon compagnon pour les soirées d’automne.
Et si l’envie vous prend de retrouver le commissaire Maigret, faites un tour du côté de nos citations de Georges Simenon. Vous avez lu le roman ?