Georges Perec (7 mars 1936 - 3 mars 1982) est un écrivain et verbicruciste français. Orphelin de guerre, il perd son père en 1940 et sa mère est déportée à Auschwitz en 1943. Il obtient le prix Renaudot, en 1965, pour Les Choses. Une histoire des années soixante. Il rejoint l'Oulipo en 1967, un groupe littéraire explorant des contraintes d'écriture. Son œuvre majeure, La Vie mode d'emploi, reçoit le prix Médicis, en 1978. Il est également l'auteur de La Disparition, un roman dont les mots ne contiennent aucun « e ». Georges Perec s'est également illustré en poésie, au théâtre, au cinéma et à la radio.
  • Je tends vers une espèce d'autobiographie continuelle qui est l'écriture elle-même.
  • Tout portrait se situe au confluent d'un rêve et d'une réalité.
  • Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s'apprend pas : la solitude, l'indifférence, la patience, le silence.
    Un Homme qui dort, éd. Gallimard
  • Vivre, c'est passer d'un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner.
  • Une bibliothèque que l'on ne range pas se dérange : c'est l'exemple que l'on m'a donné pour tenter de me faire comprendre ce qu'était l'entropie et je l'ai plusieurs fois vérifié expérimentalement. Le désordre d'une bibliothèque n'est pas en soi une chose grave; il est de l'ordre du « dans quel tiroir ai-je mis mes chaussettes ? » : on croit toujours que l'on saura d'instinct où l'on a mis tel ou tel livre; et même si on ne le sait pas, il ne sera jamais difficile de parcourir rapidement tous les rayons.
    Notes brèves sur l'art et la manière de ranger ses livres, éd. Hachette
  • Comme les bibliothécaires borgésiens de Babel qui cherchent le livre qui leur donnera la clé de tous les autres, nous oscillons entre l'illusion de l'achevé et le vertige de l'insaisissable. Au nom de l'achevé, nous voulons croire qu'un ordre unique existe qui nous permettrait d'accéder d'emblée au savoir ; au nom de l'insaisissable, nous voulons penser que l'ordre et le désordre sont deux mêmes mots désignant le hasard.
    Notes brèves sur l'art et la manière de ranger ses livres, éd. Hachette
  • Toutes les utopies sont déprimantes, parce qu'elle ne laissent pas de place au hasard, à la différence, au « divers ». Tout a été mis en ordre et l'ordre règne. Derrière toute utopie, il y a toujours un grand dessein taxinomique : une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.
    Penser/Classer, éd. Hachette
  • Mon problème, avec les classements, c'est qu'ils ne durent pas ; à peine ai-je fini de mettre de l'ordre que cet ordre est déjà caduc. Comme tout le monde, je suppose, je suis pris parfois de frénésie de rangement; l'abondance des choses à ranger, la quasi-impossibilité de les distribuer selon des critères vraiment satisfaisants font que je n'en viens jamais à bout, que je m'arrête à des rangements provisoires et flous, à peine plus efficaces que l'anarchie initiale.
    Penser/Classer, éd. Hachette
  • Il y a dans toute énumération deux tentations contradictoires ; la première est de TOUT recenser, la seconde d'oublier tout de même quelque chose; la première voudrait clôturer définitivement la question, la seconde la laisser ouverte ; entre l'exhaustif et l'inachevé, l'énumération me semble ainsi être, avant toute pensée (et avant tout classement), la marque même de ce besoin de nommer et de réunir sans lequel le monde (« la vie ») resterait pour nous sans repères : il y a des choses différentes qui sont pourtant un peu pareilles ; on peut les assembler dans des séries à l'intérieur desquelles il sera possible de les distinguer. Il y a dans l'idée que rien au monde n'est assez unique pour ne pas pouvoir entrer dans une liste, quelque chose d'exaltant et de terrifiant à la fois.
    Penser/Classer, éd. Hachette
  • Lire, ce n'est pas seulement lire un texte, déchiffrer des signes, arpenter des lignes, explorer des pages, traverser un sens ; ce n'est pas seulement la communion abstraite de l'auteur et du lecteur, la noce mystique de l'idée et de l'oreille, c'est, en même temps, le bruit du métro, ou le balancement d'un wagon de chemin de fer, ou la chaleur du soleil sur une plage et les cris des enfant qui jouent un peu plus loin, ou la sensation de l'eau chaude dans la baignoire, ou l'attente du sommeil.
  • J'aimerais qu'il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources.
  • L'enfance n'est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'or, mais peut-être horizon, point de départ, coordonnées à partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens.
    W ou le souvenir d'enfance, éd. Gallimard
  • Recopier, relire, jeter, réécrire, classer, retrouver, attendre que ça vienne, essayer d'arracher quelque chose qui aura toujours l'air d'être un barbouillis inconsistant, quelque chose qui ressemblera à un texte, y arriver, ne pas y arriver, sourire (parfois).
  • Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes.
    Espèces d'espaces, éd. Galilée
  • Peut-être le bonheur n'est-il que dans les gares.