André Brincourt (8 novembre 1920 - 22 mars 2016) est un écrivain et journaliste français. Sa carrière journalistique est indissociable du quotidien Le Figaro, qu'il rejoint en 1945. Il y dirige longuement le supplément littéraire, s'imposant comme un critique influent et respecté du paysage intellectuel. Parallèlement, il bâtit une œuvre littéraire éclectique. Essayiste et mémorialiste, il analyse avec finesse le langage et son époque dans des ouvrages comme Messagers de la nuit, Prix de la Critique de l'Académie française. En 1999, l'Académie française lui décerne le Grand Prix de littérature pour l'ensemble de son œuvre, saluant ainsi une vie dédiée à l'humanisme et aux lettres.
  • Nous savons bien que la télévision ne s'adresse pas à dix millions de personnes, mais à dix millions de fois quelqu'un. C'est là son génie propre. Quel que soit l'angle sous lequel on considère le phénomène, il convient donc d'admettre que la télévision appartient essentiellement au domaine de la vie privée.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Le petit écran est un miroir. Il renvoie à l'homme qui le regarde sa propre image. Mieux vaut y songer avant de prononcer un jugement définitif.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • La télévision deviendra majeure lorsque l'on établira les programmes en fonction des idées et non des moyens.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • On peut regarder sans voir. On peut aussi voir sans regarder. L'exercice, dans les deux cas, détériore l'esprit.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Je gagne sur l'image ou elle me gagne. Le regard distrait rend vulnérable. L'engourdissement est d'abord l'effet d'une complaisance : on se laisse, par faiblesse, imbiber. Le regard boit sans soif, comme le buvard.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Dans sa part la plus noble, la bonne télévision se reconnaît à son caractère interrogatif. C'est en tout cas une excellente façon de faire réfléchir devant leur écran ceux que d'autres (que je soupçonne de ne pas vouloir avoir les idées dérangées) accusent un peu trop vite de « passivité ». Épargnons-nous tout lessivage de cerveaux. Tant que l'on se pose des questions, l'esprit est sauf.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Il nous faut apprendre à regarder comme nous avons appris à lire. Et, pour que l'image redevienne signe, il est, en effet, nécessaire d'inventer une grammaire.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Le cinéma à domicile ? La télévision peut y prétendre - mais d'une manière superfétatoire. Faites-en un principe, vous menez à la mort et le cinéma et la télévision.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Je ne sais si, dans l'avenir, la télévision nous permettra d'aller à la rencontre de nos dirigeants et de nos mandataires. Pour l'instant, ce sont eux qui, grâce à elle, viennent à nous. Soulignons la nuance. Est-ce suffisant pour croire que les nations ont, de ce fait, une chance de plus d'avoir à leur tête les hommes qu'elles méritent ? Ce ne serait, du reste, pas plus rassurant.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Nous ne pouvons ignorer que l'image sait mentir.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • Répétons-le : le livre et la presse écrite invitent le lecteur à l'interprétation d'un texte. Les moyens d'expressions mécaniques que sont notamment la radio et la télévision s'imposent tels quels. Là commence l'escroquerie - si nous n'y prenons garde.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette
  • La vraie menace, où est-elle ? Elle réside sans doute dans ce que nous pourrions appeler la standardisation, dans la confusion des genres et des méthodes. De plus en plus, l'instrument de transmission et le moyen d'expression tendent à se confondre dans une sorte de produit manufacturé.
    La Télévision, notes et maximes, éd. Hachette