Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier ( - ) est un philosophe, journaliste et essayiste français. Normalien, il devient professeur de philosophie, enseignant notamment à Henri IV à Paris. Alain se distingue par son style d'écriture concis et ses "propos", courts textes philosophiques publiés dans la presse. Son œuvre, influencée par le cartésianisme, prône la liberté de pensée et le jugement critique. Il développe une philosophie du bonheur et de la sagesse pratique. Pacifiste convaincu, il s'engage volontairement durant la Première Guerre mondiale. Cette expérience nourrit sa réflexion sur la guerre et le pouvoir. Ses idées influencent de nombreux intellectuels, dont Simone Weil et André Maurois.
  • Le soleil est bon, la pluie est bonne, tout bruit est musique. Voir, entendre, flairer, goûter, toucher, ce n'est qu'une suite de bonheurs. Même les peines, même les douleurs, même la fatigue, tout cela a une saveur de vie.
    Propos d'un normand
  • L'adolescent est l'être qui blâme, qui s'indigne, qui méprise.
  • Tous les moyens de l'esprit sont enfermés dans le langage, et qui n'a point réfléchi sur le langage n'a point réfléchi du tout.
  • La vie est bonne par-dessus tout ; elle est bonne par elle-même ; le raisonnement n'y fait rien. On n'est pas heureux par voyage, richesse, succès, plaisir. On est heureux parce qu'on est heureux. Le bonheur, c'est la saveur même de la vie. Comme la fraise a goût de fraise, ainsi la vie a goût de bonheur. Le soleil est bon ; la pluie est bonne ; tout bruit est musique. Voir, entendre, flairer, goûter, toucher, ce n'est qu'une suite de bonheurs. Même les peines, même les douleurs, même la fatigue, tout cela a une saveur de vie. Exister est bon ; non pas meilleur qu'autre chose ; car exister est tout, et ne pas exister n'est rien. S'il n'en était pas ainsi, aucun vivant ne durerait, aucun vivant ne naîtrait. Pensez qu'une couleur est une joie pour les yeux. Agir est une joie. Percevoir est une joie aussi, et c'est la même. Nous ne sommes point condamnés à vivre ; nous vivons avidement. Nous voulons voir, toucher, juger ; nous voulons déplier le monde. Tout vivant est comme un promeneur du matin. (...) Voir, c'est vouloir voir. Vivre, c'est vouloir vivre. Toute vie est un chant d'allégresse.
    Propos, mai 1909
  • Qu'est-ce que bien percevoir si ce n'est bien penser ?
    Propos sur le bonheur (1925)
  • Tout peuple qui s'endort en liberté se réveillera en servitude.
    Politique, éd. PUF
  • C'est toujours par l'ennui et ses folies que l'ordre social est rompu.
    Propos sur le bonheur (1925)
  • Qui délibère oublie de vouloir.
  • La variété des erreurs et des croyances suffit à nous rappeler que l'erreur est notre état naturel, l'erreur, ou plutôt la confusion, l'incohérence, la mobilité des pensées. D'où l'on ne sort que par un décret qui est d'abord refus, doute, attente.
    Éléments de philosophie
  • Les Beaux-Arts s'expliquent par ceci que l'exécution ne cesse de surpasser la conception, surtout quand un long travail d'artisan a établi la libre communication des sentiments aux mouvements. On nomme inspiration ce mouvement de nature qui dépasse notre espérance ; et l'artiste est l'homme en qui la réalisation, par le chant, par la construction, par la peinture, par le dessin, l'emporte de loin sur l'imagination seulement mentale, qui promet tant, et qui tient si peu.
    Vingt leçons sur les Beaux-Arts
  • Le bonheur n'est pas le fruit de la paix, le bonheur, c'est la paix même.
    Propos sur le bonheur (1925)
  • Rien n'est plus dangereux qu'une idée quand on n'a qu'une idée.
  • Le propre de l'homme est sans doute de se tromper en compagnie, et de n'en point démordre aisément.
  • Les pas ne conduisent pas seulement vers le but ; chaque pas est un but.
  • Le pessimisme est affaire d'humeur, l'optimisme est affaire de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste.
    Propos sur le bonheur (1925)
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