• L'image est une création pure de l'esprit. Elle ne peut naître d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique.
    Image, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Si la syntaxe est l'art de disposer les mots, selon leur valeur et leur rôle, pour en faire des phrases – restant logique avec nous-mêmes – nous dirons qu'on n'imite pas plus la syntaxe de quelqu'un qu'on n'imite son art – à condition de s'entendre sur la signification de ce dernier mot et ne pas le vouloir faire synonyme d'imitation.
    Syntaxe, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Aller à sa propre recherche, c’est recommencer tous les jours le même petit bout de chemin.
    Le Livre de mon bord, notes 1930-1936, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Manier l'outil pendant longtemps – joie et détente interdites au poète. Un bon poème sort tout fait. La retouche n'est qu'un heureux accident et, si elle n'est pas merveilleuse, elle risque de tout abîmer.
    Le Livre de mon bord, notes 1930-1936, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • En art, pas plus d'ailleurs que dans la nature, la forme ne saurait être un but. On ne part pas à la recherche d'une forme préconçue, on la trouve, on y aboutit par surprise. C'est une conséquence, un résultat certainement nécessaire d'une activité uniquement déployée pour aboutir à l'être.
    Circonstances de la poésie, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • La poésie n'est certainement pas dans les choses, autrement tout le monde l'y découvrirait aisément […]. Il n'existe pas non plus, par conséquent, de choses ni de mots plus poétiques les uns que les autres, mais toutes choses peuvent devenir à l'aide des mots poésie, quand le poète parvient à mettre son empreinte dessus. La poésie n'est en rien ni nulle part, c'est pourquoi elle peut être mise en tout et partout. Mais rien ne s'opère sans une véritable transmutation des valeurs. Dans l'impuissance à la saisir, à l'identifier où que ce soit, on a préféré déclarer qu'elle régnait partout et qu'il suffisait de savoir l'y découvrir. Or, il est parfaitement évident qu'elle est plutôt une absence, un manque au cœur de l'homme, et, plus précisément, dans le rapport que le poète a le don de mettre à la place de cette absence, de ce manque. Et il n'y a poésie réelle que là où a été comblé ce vide qui ne pouvait absolument l'être par aucune autre activité ou matière réelle de la vie.
    Circonstances de la poésie, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Le poète se dégage dans la mesure où l'homme s'engage, et l'homme dégagé permet au poète de s'engager. Que le poète aille à la barricade, c'est bien – c'est mieux que bien – mais il ne peut aller à la barricade et chanter la barricade en même temps. Il faut qu'il la chante avant ou après. Avant, c'est plus prudent, ce qui revient bien à dire que l'homme est d'autant plus engagé que le poète l'est moins. Non, il n'y a pas de poésie dans la nature, mais elle est le sceau particulier, l'empreinte indélébile que l'homme impose aux choses – une marque de fabrique suprême – un cachet de noblesse et de propriété.
    Circonstances de la poésie, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • La poésie n'est pas dans les choses – à la manière où la couleur et l'odeur sont dans la rose et en émanent – elle est dans l'homme, uniquement, et c'est lui qui en charge les choses, en s'en servant pour s'exprimer. Elle est un besoin et une faculté, une nécessité de la condition de l'homme – l'une des plus déterminantes de son destin. Elle est une propriété de sentir et un mode de penser.
    La fonction poétique, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Il n'y a pas de mots plus poétiques que d'autres. Car la poésie n'est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l'épanouissement splendide de l'aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l'âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l'aurore, la tristesse ou la joie. Elle est dans cette transmutation opérée sur les choses par la vertu des mots et les réactions qu'ils ont les uns sur les autres dans leurs arrangements – se répercutant dans l'esprit et sur la sensibilité. Ce n'est pas la matière dont la flèche est faite qui la fait voler – qu'importe le bois ou l'acier – mais sa forme, la façon dont elle est taillée et équilibrée qui font qu'elle va au but et pénètre et, bien entendu aussi, la force et l'adresse de l'archer.
    Cette émotion appelée poésie, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • La poésie se fixe à l'aide des mots, avec la seule aide des mots, et l'écueil de la poésie, c'est le mot. Il suffit d'un seul mot pour tuer le plus beau poème.
    En vrac, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Voir et entendre battre interminablement la mer comme une immense artère – tempe de la nature et de notre univers.
    En vrac, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • Être ému, c’est respirer avec son cœur.
    Le livre de mon bord, éd. Mercure de France
  • Le présent est fait de déformations du passé et d'ébauches imprécises de l'avenir. Et quoi qu'on fasse, le présent n'est jamais qu'une vaste et bruyante fabrique du passé.
    Le Livre de mon bord, notes 1930-1936, dans Œuvres complètes, éd. Flammarion
  • L'homme a besoin d'agir. Toutefois, si agir sans penser n'est pas agir mais s'agiter, penser sans agir n'est pas vivre, mais végéter.
    Note éternelle du présent - Ed. Flammarion
  • Il faut prendre très tôt de bonnes habitudes, surtout celle de savoir changer souvent et facilement d'habitudes.