Amin Maalouf, né le 25 février 1949, est un écrivain franco-libanais, Prix Goncourt en 1993 pour Le Rocher de Tanios. Depuis 2011, il est membre de l'Académie française.
  • Nous ne sommes pas des invités sur cette planète, elle nous appartient autant que nous lui appartenons, son passé nous appartient, de même que son avenir.
  • Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m’amputais de moi-même ?
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Il faudrait faire en sorte que personne ne se sente exclu de la civilisation commune qui est en train de naître, que chacun puisse y retrouver sa langue identitaire, et certains symboles de sa culture propre, que chacun, là encore, puisse s'identifier, ne serait-ce qu'un peu, à ce qu'il voit émerger dans le monde qui l'entoure, au lieu de chercher refuge dans un passé idéalisé.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Chacun d'entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme étant la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d'exclusion, parfois en instrument de guerre.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Ce qui est sacré, dans la démocratie, ce sont les valeurs, pas les mécanismes. Ce qui doit être respecté, absolument et sans la moindre concession, c'est la dignité des êtres humains, de tous les êtres humains, femmes, hommes et enfants, quelles que soient leurs croyances ou leur couleur, et quelle que soit leur importance numérique ; le mode de scrutin doit être adapté à cette exigence.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Pour qu'on puisse parler de démocratie, il faut que le débat d'opinion puisse se dérouler dans un climat de relative sérénité ; et pour qu'un scrutin ait un sens, il faut que le vote d'opinion, le seul qui soit une expression libre, ait remplacé le vote automatique, le vote ethnique, le vote fanatique, le vote identitaire. Dès que l'on se trouve dans une logique communautariste, ou raciste, ou totalitaire, le rôle des démocrates, partout dans le monde, n'est plus de faire prévaloir les préférences de la majorité, mais de faire respecter les droits des opprimés, au besoin contre la loi du nombre.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • La loi de la démocratie n'est pas toujours synonyme de démocratie, de liberté et d'égalité ; parfois, elle est synonyme de tyrannie, d'asservissement et de discrimination.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Si l'on croit en quelque chose, si l'on porte en soi-même suffisamment d'énergie, suffisamment de passion, suffisamment d'appétit de vivre, on peut trouver dans les ressources qu'offre le monde d'aujourd'hui les moyens de réaliser quelques-une de ses rêves.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Les nouveaux moyens de communication offrent à un très grand nombre de nos contemporains, à des gens qui vivent dans tous les pays et sont porteurs de toutes les traditions culturelles, la possibilité de contribuer à l'élaboration de ce qui deviendra demain notre culture commune.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • L'Internet, vu de l'extérieur et avec un a priori de méfiance, est un monstre planétaire ectoplasmique par le moyen duquel les puissants de ce monde étendent leurs tentacules sur la terre entière ; vu de l'intérieur, l'Internet est un formidable outil de liberté, un espace raisonnablement égalitaire dont chacun peut se servir à sa guise, et au sein duquel quatre étudiants astucieux peuvent exercer autant de d'influence qu'un chef d'Etat ou une compagnie pétrolière.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Les traditions ne méritent d'être respectées que dans la mesure où elles sont respectables, c'est-à-dire dans l'exacte mesure où elles respectent les droits fondamentaux des hommes et des femmes.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Ma conviction profonde, c'est que l'avenir n'est écrit nulle part, l'avenir sera ce que nous en ferons.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • [...] pour l'homme, le destin est comme le vent pour un voilier. Celui qui est à la barre ne peut décider d'où souffle le vent, ni avec quelle force, mais il peut orienter sa propre voile. Et cela fait parfois une sacré différence. Le même vent qui fera périr un marin inexpérimenté, ou imprudent, ou mal inspiré, ramènera un autre à bon port.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Aujourd'hui on sait que l'Histoire ne suit jamais le chemin qu'on lui trace. Non qu'elle soit par nature erratique, ou insondable, ou indéchiffrable, non qu'elle échappe à la raison humaine, mais parce qu'elle n'est, justement, que ce qu'en font les hommes, parce qu'elle est la somme de tous les actes, individuels ou collectifs, de toutes les paroles, de leurs échanges, de leurs affrontements, de leurs souffrance, de leurs haines, de leurs affinités. Plus les acteurs de l'Histoire sont nombreux, et libres, plus la résultante de leurs actes est complexe, difficile à embrasser, rebelle aux théories simplificatrices.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset
  • Méfiance est sans aucun doute l'un des mots-clés de notre temps. Méfiance à l'égard des idéologies, des lendemains qui chantent, méfiance à l'égard de la politique, de la science, de la raison, de la modernité. Méfiance à l'égard de l'idée de progrès, et de pratiquement tout ce à quoi nous avons pu croire tout au long du XXè siècle - un siècle de grandes réalisations, sans aucun précédent depuis l'aube des temps, mais un siècle de crimes impardonnables et d'espérances déçues. Méfiance, aussi, à l'égard de tout ce qui apparaît comme global, mondial, planétaire.
    Les Identités meurtrières, éd. Grasset