Henri Laborit (21 novembre 1914 - 18 mai 1995) est un médecin, chirurgien et neurobiologiste français. En 1951, il introduit l'utilisation des neuroleptiques en psychiatrie, et celle du GHB en 1960, révolutionnant l'anesthésie.
  • Genre : Homme
  • Nationalité : Français
  • Profession, récompenses : Écrivain, Médecin
  • Date de naissance : 21 novembre 1914
  • Date de décès : 18 mai 1995
  • Quand on a passé 40 ans de sa vie à observer les faits biologiques et quand la biologie générale vous a conduit pas à pas vers l'étude du système nerveux puis vers celle des comportements, un certain scepticisme vous envahit à l'égard de toute relation d'une expérience vécue, exprimée dans un langage conscient. La seule certitude que nous pouvons en retirer, c'est que toute pensée, tout jugement nous concernant ou concernant ceux que nous avons rencontrés sur notre route, toute analyse logique de notre vécu n'exprime que nos désirs inconscients, nos automatismes culturels, la recherche le plus souvent d'une valorisation de nous-mêmes à nos yeux et à ceux de nos contemporains. Parmi les relations qui s'établissent à chaque instant entre notre système nerveux et le monde qui nous entoure, nous en isolons préférentiellement certaines, sur lesquelles se fixe notre attention. Elles deviennent pour nous signifiantes parce qu'elles répondent ou s'opposent à nos élans pulsionnels, canalisés par les apprentissages socioculturels auxquels nous sommes soumis depuis notre naissance.
    La vie antérieure : Introduction, éd. Grasset & Fasquelle
  • L'utilisation des mass media, qui, paraît-il, « informent », ne permet à l'information que de s'écouler toujours dans un seul sens, du pouvoir vers les masses. Le seule différence entre l'Est et l'Ouest consiste en ce que, dans le premier cas, il s'agit d'un pouvoir dogmatique, qui n'a pour imposer son discours que la coercition et le crime d'État sur une vaste échelle, alors que, dans le second, l'argent permet de réaliser, de façon subtile et inapparente, l'automatisation robotique des motivations, de créer des envies, de manipuler affectivement l'opinion sans que la finalité du système apparaisse jamais au grand jour. Ceux-là mêmes qui sont chargés d'informer le font le plus souvent à travers les propres verres déformants de leur affectivité et de leur intérêt narcissique et promotionnel.
    La colombe assassinée, éd. Édition Grasset & Fasquelle
  • Les individus qui constituent un ensemble humain ne sont pas isolés entre eux et l'ensemble qu'ils constituent n'est pas isolé non plus des autres ensembles humains qui peuplent le monde. Si le monde matériel auquel s'ajoutent la faune et la flore dans un espace géo-climatique donné constitue une partie de l'environnement humain, les autres hommes sont sans doute pour un individu le premier environnement, le plus essentiel. Les relations qui s'établissent entre les individus ne sont pas aléatoires mais résultent de l'activité de leur système nerveux. Or, toutes les actions d'un organisme par l'intermédiaire de son système nerveux n'ont qu'un but, celui de maintenir la structure de cet organisme, son équilibre biologique, c'est-à-dire de réaliser son plaisir. La seule raison d'être d'un être est d'être. Ce qu'il est convenu d'appeler la pensée chez l'homme ne sert qu'à rendre plus efficace l'action.
    La colombe assassinée, éd. Édition Grasset & Fasquelle
  • L'Amour. Avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l'on ne cherche jamais à savoir ce qu'il contient. [.] Il couvre d'un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C'est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Celui qui oserait le mettre à nu, [.], n'est pas considéré comme lucide, mais comme cynique.
    Éloge de la fuite, éd. Édition Robert Laffont
  • Le racisme est une théorie biologiquement sans fondement au stade où est parvenue l'espèce humaine, mais dont on comprend la généralisation par la nécessité, à tous les niveaux d'organisation, de la défense des structures périmées.
    Éloge de la fuite, éd. Édition Robert Laffont
  • Être heureux, c'est à la fois être capable de désirer, capable d'éprouver du plaisir à la satisfaction du désir et du bien-être lorsqu'il est satisfait, en attendant le retour du désir pour recommencer.
    Éloge de la fuite, éd. Édition Robert Laffont
  • C'est un lieu commun que de dire que la Science a tué la Foi, qu'elle a tué les anciens Dieux. Il est exact de dire qu'elle a remplacé la Foi dans la thérapeutique de l'angoisse. L'homme attend d'elle qu'elle le rende immortel, dans ce monde et non dans l'autre. Mais la déception est proche car la Science vit dans le siècle et si elle résout certains problèmes matériels de l'Homme, elle n'apporte pas de solution à sa destinée. [...] Elle ne donne pas de "sens à la vie". Elle se contente de l'organiser. Ou, si elle lui donne un sens, c'est de n'en avoir aucun, d'être un processus hasardeux et hautement improbable.
    Éloge de la fuite, éd. Édition Robert Laffont
  • [...] l'angoisse est née de l'impossibilité d'agir. Tant que mes jambes me permettent de fuir, tant que mes bras me permettent de combattre, tant que l'expérience que j'ai du monde me permet de savoir ce que je peux craindre ou désirer, nulle crainte : je puis agir. Mais lorsque le monde des hommes me contraint à observer ses lois, lorsque mon désir brise son front contre le mode des interdits, lorsque mes mains et mes jambes se trouvent emprisonnées dans les fers implacables des préjugés et des cultures, alors je frissonne, je gémis et je pleure.
    Éloge de la fuite, éd. Édition Robert Laffont