André Comte-Sponville, (né le ) est un philosophe français. Ancien élève de l’École normale supérieure, il obtient son agrégation de philosophie en 1975 et enseigne pendant plusieurs années à l'université avant de se consacrer entièrement à l'écriture et à la réflexion. Son œuvre explore des questions universelles comme le bonheur, la sagesse, la liberté et la spiritualité, tout en restant ancrée dans une perspective rationaliste et athée. Parmi ses ouvrages les plus connus figurent Petit Traité des Grandes Vertus (1995), qui analyse les vertus cardinales et modernes, et L'Esprit de l'athéisme (2006), où il plaide pour une spiritualité sans religion. Avec un style accessible et profond, il s'adresse à un large public, cherchant à rendre la philosophie utile au quotidien.
  • La peur est le premier sentiment sans doute, au moins ex utero : quoi de plus angoissant que de naître ? Et il doit arriver souvent qu'elle soit le dernier : quoi de plus angoissant que de mourir ?
    Impromptus, éd. PUF
  • Voilà : nous naissons dans l'angoisse, nous mourrons dans l'angoisse. Entre les deux, la peur ne nous quitte guère. Quoi de plus angoissant que de vivre ? C'est que la mort est toujours possible, que la souffrance est toujours possible, et c'est ce qu'on appelle un vivant : un peu de chair offerte à la morsure du réel. Un peu de chair ou d'âme exposées là, en attente d'on ne sait quoi. Sans défenses. Sans secours. Sans recours. Qu'est ce que l'angoisse, sinon ce sentiment en nous, à tort ou à raison, de la possibilité immédiate du pire.
    Impromptus, éd. PUF
  • L'angoisse est une peur imaginaire et nécessaire - sans objet réel, sans issue possible. C'est pourquoi elle nous tient et nous ronge. Comment pourrait-on vaincre, quand il n'y a rien à affronter ?
    Impromptus, éd. PUF
  • Mieux vaut se battre contre la pauvreté que contre la richesse.
  • Toute angoisse est imaginaire ; le réel est son antidote.
    Impromptus, éd. PUF
  • Rien n'est acquis jamais, rien n'est promis jamais, que la mort. Aussi ne peut-on échapper à l'angoisse qu'en acceptant cela même qu'elle perçoit, qu'elle refuse et qui l'affole. Quoi ? La fragilité de vivre, la certitude de mourir, l'échec ou l'effroi de l'amour, la solitude, la vacuité, l'éternelle impermanence de tout... C'est la vie même, et il n'y en a pas d'autre.
    Impromptus, éd. PUF
  • Combien de morts, au nom d'un même Livre ! Combien de massacres, au nom d'un même Dieu ! C'est une preuve suffisante de l'ignorance de tous. On ne s'entre-tue pas pour les mathématiques, ni pour aucune science, ni même pour une vérité de faits, lorsqu'elle est bien établie. On ne s'entre-tue que pour ce qu'on ignore ou qu'on est incapable de prouver.
  • Ou bien Dieu veut éliminer le mal et ne le peut ; ou il le peut et ne le veut ; ou il ne le veut ni ne le peut ; ou il le veut et le peut. S'il le veut et ne le peut, il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu ; s'il le peut et ne le veut, il est méchant, ce qui est étranger à Dieu. S'il ne le peut ni le veut, il est à la fois impuissant et méchant, il n'est donc pas Dieu. S'il le veut et le peut, ce qui convient seul à Dieu, d'où vient donc le mal, ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ?
    L'esprit de l'athéisme, Introduction à une spiritualité sans Dieu, éd. Albin Michel
  • Il ne faut pas rêver les couples, mais il ne faut pas rêver la passion non plus ; la vivre, oui, quand elle est là, mais ne pas lui demander de durer, ne pas lui demander de suffire, ne pas lui demander de remplir ou guider une existence! Ce n'est qu'un leurre de l'ego. La vraie question est de savoir s'il faut cesser d'aimer quand on cesse d'être amoureux (auquel cas on ne peut guère qu'aller de passion en passion, avec de longs déserts d'ennui entre deux), ou bien s'il faut aimer autrement, et mieux.
    L'amour, la solitude, éd. Paroles d'Aube
  • Un propriétaire sommeille en tout homme, que l'argent réveille. Vnedre ? Acheter ? Il s'agit toujours de posséder. L'argent est un instrument d'échange, mais on ne peut échanger que ce qu'on a contre ce qu'on n'a pas : l'échange suppose la possession, puisqu'il la déplace. C'est dire qu'il lui reste soumis. Aussi n'est-ce pas l'échange qu'on aime, dans l'argent, mais la possession elle-même. C'est ce qu'illustre l'avare, à qui la possession suffit. Quant au marchand, qui peut croire qu'il travaille pour l'amour du commerce ou de son prochain ? Il travaille pour s'enrichir, comme tout le monde : l'échange tend à la possession, non la possesssion à l'échange.
    Impromptus, éd. PUF
  • La passion de posséder n'échappe pas au jeu ordinaire du désir. Il s'agit toujours de jouir le plus possible et de souffrir le mloins possible : la consommation n'est qu'une occurence parmi d'autres du principe de plaisir.
    Impromptus, éd. PUF
  • [...] la morale, dans son principe, est de gauche, comme toutes les valeurs (oui : même la liberté, même la patrie), puisqu'elle ne fait aucune acception de personne ni de richesse, puis que la gauche ne saurait exister sans elle, ni contre elle : pour être de gauche, on a besoin de valeurs, d'idéaux, de principes, alors que pour être de droite, comme chacun sait, et c'est le coup de génie de la droite, son intelligence spécificque, son bien-fondé propre, qui la voue à la victoire peut-être perpétuellement, que pour être de droite, donc, et c'est presque une définitin, les intérêts suffissnt.
    Impromptus, éd. PUF
  • Il n'y a rien de plus important dans la sagesse, que d'accepter sa propre fragilité, c'est ce qu'on appelle l'humilité.
  • Si la vie est éphémère, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel.
    Athée, j'ai une métaphysique, Clés n° 86 décembre 2013-janvier 2014
  • Être naturaliste, c'est penser que la nature n'a pas d'autre explication qu'elle même.
    Athée, j'ai une métaphysique, Clés n° 86 décembre 2013-janvier 2014
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