• Le citoyen doit-il un seul instant, dans quelque mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi, alors, chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d'abord être des hommes, des sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. La seule obligation que j'ai le droit d'adopter, c'est d'agir à tout moment selon ce qui me paraît juste.
    La désobéissance civile
  • Une promenade matinale est une bénédiction pour toute la journée.
  • Chaque homme est le seigneur d'un royaume à côté duquel l'empire terrestre des tsars n'est qu'un État minuscule, avec ses frontières délimitées par l'Océan, ses chaînes montagneuses et ses paradis vierges à la nature édénique.
  • Rien ne peut être plus utile à l'homme que la résolution de ne pas se presser.
    Journal
  • Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c'est parce qu'il entend battre un autre tambour.
  • Lorsqu'il s'agit de produire ce qui est nécessaire à la vie, la Nature est toujours prête à venir en aide à l'homme.
  • Même les nations gagnent en noblesse lorsqu'elles accordent une protection aux races animales les plus faibles.
  • Ni la contrainte, ni la sévérité, ne vous ouvriront l'accès de la vraie sagesse, mais bien l'abandon et une joie enfantine. Quoi que ce soit que vous vouliez apprendre, abordez-le avec gaieté.
    Journal, éd. Mercure de France
  • La vie d'un homme devrait être une marche solennelle au son d'une musique exquise, mais secrète. Quand elle semble aux autres désordonnée et discordante, c'est qu'il marche d'un rythme plus rapide ou que son oreille plus délicate l'entraîne en mille symphonies et variations. Pas de halte jamais, sinon à la fin de l'étape, ou bien une de ces pauses qui sont plus riches que tous les sons, quand la mélodie plonge à des profondeurs si étranges qu'elle n'est plus perceptible, plus qu'un simple abandon au seuil de l'être et de la vie. Ne jamais faire un pas à contretemps, même aux moments les plus difficiles, car c'est alors que la musique ne manquera pas d'accroître son volume et sa douceur, mesurant elle-même le mouvement qu'elle a inspiré.
    Journal, éd. Mercure de France
  • Il semble que nous ne faisons que languir dans l'âge mûr pour dire les rêves de notre enfance, et ils s'évanouissent de notre mémoire avant que nous ayons pu apprendre leur langage.
    Journal, éd. Mercure de France
  • Il y a deux sortes d'auteurs : les uns écrivent l'histoire de leur temps, les autres leur biographie.
    Journal, éd. Mercure de France
  • L'art qui ne fait que dorer les surfaces, qui n'exige qu'un poli superficiel sans essayer d'atteindre le coeur de la matière n'est que vernis et filigrane. Mais l'oeuvre du génie veut dès le début une taille rude, parce qu'elle anticipe la fuite du temps et qu'elle a un poli intérieur, qualité essentielle de sa substance, qui apparaît même quand elle se brise en morceaux. Sa beauté est sa force. Elle se fend lumineusement et se brise en cubes et en diamants. Comme le diamant, il lui suffit d'être taillée pour avoir du poli, et sa surface laisse voir ses splendeurs intérieures.
    Journal, éd. Mercure de France
  • La vraie politesse n'est que l'espérance et la confiance dans les hommes. Elle ne s'adresse pas à l'homme tombé ou qui va tomber, mais elle salue la génération qui s'élève. Elle ne flatte pas, elle félicite. Ses rayons de lumière nous parviennent avec une incidence telle, que tout individu dans la rue nous apparaît plus haut placé qu'il n'est réellement. C'est la civilité inhérente à la Nature.
    Journal, éd. Mercure de France
  • Nous ne saurions nous passer de nos péchés ; ils sont la grand-route de la vertu.
    Journal, éd. Mercure de France
  • L'homme qui n'est qu'intelligence, l'homme prosaïque, est une fleur stérile qui n'a que des étamines ; le poète est une fleur féconde et complète.
    Journal, éd. Mercure de France